histoires   8-12

 

Né à Ponson-Dessus - Basses-Pyrénées - le 27 mai 1877, Laurent Olivier Guichot est fils d’un médecin de campagne. Après de brillantes études au lycée de Pau, il passe son baccalauréat de Lettres Philosophie, en 1896. Après six années de faculté de Médecine et Pharmacie, à Bordeaux, il devient docteur en médecine, en décembre 1902.

Olivier Guichot exerce à Ponson-Dessus, puis à Vic-en-Bigorre, au n° 8 de la rue Barére de Vieuzac, jusqu’à la grande guerre. En 1905, il épouse la jolie Marie-Louise, née à Montevideo et venue dans le Béarn, en vacances. L’année d’après, il achète une «Hurtu» d’occasion qui remplace son cheval, pour les longues tournées quotidiennes.

Le 14 août 1914, sur le quai de la gare de Vic-en-Bigorre, il quitte Marie-Louise, en pleurs. Dès la fin août, les milliers d’hommes sous les drapeaux posent d’inextricables problèmes au service postal des Armées ; à cela, s’ajoute l’omniprésente censure. Le docteur est promu aide-Major de 1° classe et affecté à l’ambulance n° 2 de la 68e division de Réserve rattachée à la 59e division de l’Armée de Lorraine, elle-même sous les ordres du général vicomte Edouard de Castelnau, commandant la IIe Armée.

1914


Début septembre, le miracle de la Marne redonne espoir à tout un peuple. Hélas, le 26, l’atroce épisode de la Somme condamne l’offensive à outrance, chère au général Joffre, et les pantalons rouges se transforment en marionnettes sacrifiées dans ce théâtre de fer et de feu.

Le 4 octobre 1914, le Major est à Gray, dans la Haute-Saône : «Il n’y a rien à redouter pour le moment, nous a-t-on dit. Mais nous sommes sur le qui-vive. Connaissez-vous le nombre des morts et blessés dans notre région ?». Sous l’œil de Guillaume II, l’implacable contre-offensive des Alboches se brise sur nos positions fortifiées décrivant un grand arc de cercle de la Moselle à la Meurthe «Qu’il serait désirable que nous puissions les chasser et commettre, chez eux, les horreurs dont les nôtres ont été victimes !». Commence alors, une longue période d’activité de soins aux blessés légers que l’on met aux repos deux semaines, puis qui repartent au front, et aux blessés graves que l’on évacue très vite.

Le 10 octobre, le Major déménage au sanatorium de Lay-Saint-Christophe, en Meurthe-et-Moselle, puis à Vézelise, le 31 octobre 1914. Ce jour-là, il écrit à ses amis, sa sœur Victorine et son beau-frère Julien Lagarrue, à Vic-Bigorre : «Vous avez pu vérifier ce que je vous ai raconté des horreurs commises dans notre région par ces sales Boches. Qu’il serait désirable que nous puissions les chasser de chez nous et commettre chez eux les horreurs dont les nôtres ont été victimes ! Hélas, nous sommes trop bons, nous sommes trop naïfs, notre cœur est trop chevaleresque pour se livrer de propos délibéré à de pareils forfaits. Quand tout sera terminé, il sera permis de connaître la façon dont ils avaient organisé la guerre depuis de longues années, par un espionnage savant, et surtout par la construction de maisons ou d’usines aux points stratégiques intéressants de notre belle France. Des précisions, je pourrais vous en donner tant que vous voudrez : il m’a été loisible d’en recueillir de nombreuses pendant la période qui vient de s’écouler. Sachez seulement qu’il est très regrettable que nous ayons traité de faux ou d’infondés les renseignements que nous donnait le contre-espionnage. Comme nous ne voulions pas la guerre, nous pensions qu’ils n’avaient aucun intérêt à nous la faire ; et cette confiance en une paix que nos agents nous disaient depuis longtemps prête à se rompre, nous a coûté beaucoup d’hommes et beaucoup d’argent. Espérons que le mal que nous éprouvons en ce moment nous servira pour sauvegarder notre avenir».

Le major Guichot occupe les derniers jours d’octobre à rechercher les jeunes recrues du pays cantonnées dans les parages. Il retrouve Charles Cardebat, jeune vicquois du 212e Rgt d’Infanterie de Tarbes, incorporé à l’Armée de Castelnau, au Grand-Couronné, en avant de Nancy et le sous-lieutenant Cazeaux de Gardères, instituteur à Juillan, affecté au 234e Rgt d’Infanterie basé à Mont-de-Marsan.

La bataille de la Somme, du 23 au 26 septembre 1914 a été terrible, la bataille de l’Artois, du 2 au 9 octobre, aussi et celle des Flandres, commencée le 14 octobre, atroce et confuse.