Chroniques de la Mémoire

 
 

Les Romantiques bigourdans : Louis Mathet

Dominique Louis Mathet est né à Laloubère, le 20 novembre 1853, d’Adolphe Mathet et d’Anne Dumont. Il débute comme apprenti chez le sculpteur tarbais Menvielle, puis chez Nelli et, enfin, chez Géruzet, à Bagnères-de-Bigorre, où il fut le compagnon d’Edmond Desca de Vic-en-Bigorre, Jean-Marie Mengue de Bagnères-de-Luchon et Barras, un intime. Il suit les cours de dessin et de modelage du maître Journès pour qui il gardera une amitié sincère. Le rêve d’un jeune marbrier n’est pas de se satisfaire de sa condition d’ouvrier mais de voir si une vocation de sculpteur n’apparaîtrait pas avec la pratique. Mathet et Barras voyagent en compagnie un certain temps et deviennent « cheminots de l’art » selon la juste expression de l’architecte diocésain Louis Caddau. À petites étapes, ils gagnent Poitiers où ils se séparent. Mathet continue sur Paris. Un parent l’y accueille ce qui facilite ses débuts dans la capitale. Immédiatement, il cherche à s’embaucher dans un atelier soucieux de n’être pas à la charge de la parenté. Il se lie d’amitié avec Agathon Léonard auteur des célèbres « Petites danseuses ». La progression dans la qualité de son travail lui permet d’être engagé dans l’atelier Dumont, à l’école des Beaux-Arts. Là, il peut vraiment se consacrer à son art naissant : matinée consacrée aux études et le reste de la journée à un travail rétribué. Puis, vient le moment de servir le pays. Engagement au 8e Hussards, de 1874 à 1878. Cinq années de perdues. Il descend à Tarbes pour se marier, le 7 juin 1879, avec Rose Bégarie, tailleuse de robes, originaire d’Argelès. Le jeune marié a 25 ans et son témoin principal est le sculpteur Joseph Dupont, âgé de 26 ans. Louis Mathet, accompagné de son épouse, remonte à Paris. Un atelier où les praticiens travaillent pour Eugène Guillaume le remarque. Le maître des lieux est l’auteur de deux chefs-d’œuvre : « La Musique instrumentale » en façade principale de l’Opéra Garnier et « Anacréon » au musée d’Orsay. Pourquoi Eugène Guillaume, artiste confirmé, membre de l’Institut et directeur des Beaux-Arts s’intéresse-t-il à Louis Mathet ? À ses yeux, sa façon de manier le ciseau le désigne pour succéder à son chef d’atelier qui vient de mourir. Le Bigourdan accepte avec empressement. Guillaume se prend d’affection pour lui et lui manifestera son amitié jusqu’à sa mort, en 1905. L’existence matérielle du jeune artiste est alors assurée. Tout naturellement, il vient à créer son propre atelier. Des bustes puis des statuettes sont présentés aux Salons des Artistes français. Après le décès de Guillaume, Auguste Rodin veut tester le Tarbais en lui demandant de l’aider à terminer un groupe. Peut-être s’agit-il d’«Orphée et les Ménades » qui fut réalisé à trois avec F. Ganier, entre 1903 et 1905 ? Le résultat est probant puisqu’il lui fait une proposition d’engagement. Notre Bigourdan n’accepte pas car il veut garder sa liberté mais il travaillera souvent pour le maître jusqu’à la mort de celui-ci, en 1917. Un pseudo-collectionneur possède la représentation en plâtre de l’« Ève » de Rodin et demande à Louis Mathet de la lui reproduire en marbre. Le sculpteur sait que la reproduction d’une œuvre sans l’accord de l’auteur est interdite. Aussi, demande-t-il au quémandeur de revenir avec l’autorisation de l’artiste. Par quel miracle ce « client » persuada-t-il Mathet qu’il avait reçu le précieux sésame, mystère. Le Bigourdan fit montre d’une grande naïveté et se mit aussitôt au travail. À quelque temps de là, l’affaire des faux Rodin éclate…impliquant notre compatriote de reproduction frauduleuse. L’escroc vendeur a enfoui les statuettes dans une fosse et accuse Mathet d’en être l’auteur. Le juge d’instruction chargé de l’affaire comprend très vite la machination dont a été victime Louis Mathet et délivre une ordonnance de non-lieu. Pour dédommagement, Léon Bérard, Ministre des Beaux-Arts, lui commande le marbre de « L’Oréade », en janvier 1920.

 

Louis mathet de tarbes

«L’Inondation», rappel de la terrible crue de 1875, à Tarbes - Transférée de la place Maubourguet (Verdun) à la Courte Boule (face au 35e R.A.P), en 1934.